Janus le modèle en détail Les grands principes
Exposé détaillé

Le modèle Janus, équation par équation

Cette page reprend le modèle dans l’ordre où il se construit : d’abord une symétrie et ce qu’elle impose, puis une topologie, puis un obstacle, puis les équations qui le contournent — et enfin les données. Les formules sont là, mais chacune est traduite en français juste en dessous.

Ce qu’il faut avoir en tête

Le modèle ne prétend pas remplacer la relativité générale. Il en propose une extension bimétrique : là où une seule des deux espèces de matière est présente — autour du Soleil, par exemple — la première équation redonne exactement celle d’Einstein de 1915.

Et ce qui reste ouvert

La cohérence mathématique du système d’équations est contestée, en particulier par Thibault Damour. Les identités de Bianchi ne sont satisfaites qu’asymptotiquement. Tout cela est exposé sans détour dans la section Critiques.

01 — Fondations

Renverser le temps renverse la masse

Tout le modèle repose sur un résultat de Jean-Marie Souriau, obtenu en 1970 par la théorie des groupes dynamiques. Voici pourquoi il est solide.

Le groupe des isométries de l’espace-temps

L’espace-temps de Minkowski est muni de la métrique

ds2 = dt2 dx2 dy2 dz2
1 Le groupe qui laisse cette quantité invariante est le groupe de Poincaré : rotations, changements de référentiel inertiel (les « boosts »), et translations dans les quatre directions. Dix paramètres en tout.

Sa partie linéaire, le groupe de Lorentz, n’est pas d’un seul tenant : il a quatre composantes connexes, que l’on atteint en combinant deux signes indépendants.

Λλ1, λ2 = λ₁000 0λ₂00 00λ₂0 000λ₂ , λ1=±1, λ2=±1
2 λ₂ = −1 inverse l’espace : c’est la P-symétrie, parfaitement familière — elle correspond à la polarisation gauche ou droite de la lumière. λ₁ = −1 inverse le temps : c’est la T-symétrie, et c’est elle qui va tout changer.
LES QUATRE COMPOSANTES

Orthochrone ou rétrochrone

ComposanteEspaceTemps
Lorn
Lorsinversé
Lortinversé
Lorstinverséinversé

Les deux premières forment le sous-groupe orthochrone ; les deux dernières, le sous-ensemble rétrochrone. C’est ce dernier que la physique a pris l’habitude d’écarter.


L’action sur l’espace des mouvements

L’apport de Souriau est de ne pas faire agir le groupe sur les points de l’espace-temps, mais sur l’espace des mouvements — le dual de l’algèbre de Lie du groupe. Un mouvement y est décrit par dix quantités : l’énergie, les trois composantes de l’impulsion, le passage et le spin. Appliquons alors la composante Lort, celle qui n’inverse que le temps, au quadrivecteur énergie-impulsion :

P′ = Λt P = −1000 0100 0010 0001 Epxpypz = −Epxpypz
3 Inverser la coordonnée de temps inverse l’énergie de la particule, et ne touche pas à son impulsion. Ce n’est pas une convention : c’est ce que produit l’action du groupe sur l’espace des mouvements.

Or la masse se lit sur ce même quadrivecteur, et son signe suit celui de l’énergie :

m = PT ⊙ P sgnE
4 Conclusion, et c’est le pivot de tout le modèle : la T-symétrie appliquée au mouvement d’une particule inverse sa masse. Le second feuillet de Sakharov, dont la flèche du temps est opposée à la nôtre, est donc peuplé de masses négatives.
Une précision qui compte

Cette masse négative n’est pas l’antimatière des accélérateurs. L’antiproton du CERN a une masse positive : il est lié à notre matière par la C-symétrie seule, qui ne touche pas au temps. La masse négative de Janus vient de la PT-symétrie — c’est l’antimatière « au sens de Feynman ».

02 — Le groupe Janus

La charge électrique comme dimension

Pour rendre compte aussi de la C-symétrie — la conjugaison de charge, qui échange matière et antimatière — le modèle suit la voie ouverte par Kaluza et Klein : on ajoute une cinquième dimension, refermée sur elle-même, et l’on écrit la métrique

ds2 = dt2 dx2 dy2 dz2 2
5 Par le théorème de Noether, l’invariance par translation le long de ζ fait apparaître une grandeur conservée supplémentaire, que Souriau identifie à la charge électrique. La charge cesse d’être une étiquette collée sur la particule : elle devient une composante géométrique.

En étendant à p dimensions compactifiées, on obtient autant de charges quantiques conservées, et le torseur du groupe s’enrichit :

μ = , g, p, E, q1,, qp
6 Le groupe Janus est le groupe dynamique qui combine la PT-symétrie (inversion simultanée de l’énergie, du temps et de l’espace) et la C-symétrie (inversion de toutes les charges quantiques). C’est lui qui relie, dans un même cadre, matière, antimatière et masses négatives.
QUATRE ESPÈCES

Ce que le groupe met en relation

SymétrieObtientMasse
identitématière+
Cantimatière de Dirac+
PTantimatière de Feynman
CPTmatière du feuillet jumeau

Les deux premières lignes sont observées quotidiennement dans les accélérateurs. Les deux dernières sont l’objet du modèle.

03 — Géométrie globale

Un univers qui est son propre revêtement

Les symétries P et T n’ont pas besoin d’être postulées : elles peuvent émerger de la seule forme de l’espace-temps.

Considérons un univers fermé dans toutes ses dimensions, espace et temps, de topologie sphérique S4. Une telle sphère possède nécessairement deux singularités — on ne peut pas la « paver » sans elles, et c’est vrai de toute sphère S2n avec n pair. Ces deux singularités sont le Big Bang et le Big Crunch.

Amenons maintenant en coïncidence les points diamétralement opposés. Le résultat est l’espace projectif P4, dont la sphère S4 est le revêtement à deux feuillets. Les deux pôles se rejoignent : la double singularité disparaît, et l’on peut même la remplacer par un passage tubulaire — la géométrie devient alors celle du double revêtement d’une bouteille de Klein.

Au voisinage de l’équateur, cette identification configure l’espace comme le double revêtement d’un ruban de Möbius à trois demi-tours : c’est de là que sort la T-symétrie. En opérant sur une sphère plus grande, la même construction au voisinage d’une ligne méridienne donne un ruban à un seul demi-tour, et c’est la P-symétrie qui apparaît.

Ce que cela règle

Les symétries P et T invoquées par Sakharov ne sont plus des hypothèses ajoutées au modèle : ce sont des conséquences d’une structure topologique. L’image en dimension 2 de P2 est la surface décrite par Werner Boy en 1903 — celle que la page principale construit sous vos yeux.

Voir la construction animée →

04 — L’obstacle

Pourquoi une seule équation de champ ne peut pas suffire

Tentons d’abord la voie directe : garder l’équation d’Einstein, et lui donner deux sources — une pour les masses positives, une pour les masses négatives.

Rμν 12 R gμν = χ Tμν(+) + Tμν(−)
7 Une seule équation, donc une seule géométrie, donc une seule famille de géodésiques — que toutes les particules doivent suivre, quel que soit le signe de leur masse.

Les solutions extérieures à symétrie sphérique se lisent alors immédiatement. Autour d’une masse positive :

ds2 = 1 2GMc2r c2dt2 dr21 − 2GM / c2r r22
8 La solution de Schwarzschild. Les géodésiques convergent : attraction.

Et autour d’une masse négative, il suffit de changer le signe de M :

ds2 = 1 + 2GMc2r c2dt2 dr21 + 2G|M| / c2r r22
9 Les géodésiques divergent : répulsion, sur tout ce qui passe.

Les trois lois qui en découlent sont sans appel :

  • une masse positive attire les masses positives et négatives ;
  • une masse négative repousse les masses positives et négatives ;
  • donc un couple (+M, −M) s’auto-accélère indéfiniment : la positive fuit, la négative la poursuit. C’est l’effet runaway établi par Hermann Bondi en 1957 — et le principe d’action-réaction y est violé.
Verdict

Il est impossible d’introduire des masses négatives dans la relativité générale telle quelle. Ce constat, vieux de près de soixante-dix ans, n’est pas contesté — y compris par les auteurs du modèle. C’est précisément pour cela qu’ils changent de cadre.

Voir l’emballement de Bondi en mouvement →

05 — Le cœur du modèle

Une variété, deux métriques, deux équations couplées

Le changement de paradigme tient en une phrase : on garde une seule variété M4 — les mêmes points d’espace-temps — mais on la munit de deux métriques.

Les masses positives se déplacent selon les géodésiques de la première métrique gμν ; les masses négatives selon celles de la seconde, μν. À chaque métrique correspondent son tenseur de Ricci et son scalaire de courbure. Les deux populations n’interagissent que par la gravitation.

L’action à deux couches

Tout se déduit d’un principe de moindre action, écrit comme la somme de deux contributions :

A = E R + S + Ŝ |g| d4x + E 2χ̄ ++ Ŝ̄ |ḡ| d4x
10 S et engendrent les termes de source propres à chaque population ; Ŝ et Ŝ̄ engendrent les tenseurs d’interaction — la façon dont la matière d’un feuillet contribue à la géométrie de l’autre.
g, ḡles deux métriques et leurs déterminants
R, R̄les scalaires de Ricci associés
χ, χ̄les constantes d’Einstein de chaque secteur

Les équations de champ couplées

La dérivation lagrangienne, avec le choix de signe qui donne les bonnes lois d’interaction dans l’approximation newtonienne, conduit au système :

Rμν 12 R gμν = χ Tμν + |ḡ||g|μν μν 12 R̄ ḡμν = χ̄ μν + |g||ḡ| T̂̄μν
11 Deux équations, sur la même variété. Tout tient dans le signe moins qui ouvre le second membre de la seconde équation : c’est lui qui renverse la loi d’interaction entre espèces de signes opposés, et qui élimine l’emballement.
Tμνsource du champ agissant sur les masses positives
μνsource agissant sur les masses négatives
μνaction des masses négatives sur la première géométrie
T̂̄μνaction des masses positives sur la seconde
06 — Ce qui en sort

Les trois lois d’interaction

Dans l’approximation newtonienne, les seules composantes non nulles des tenseurs se réduisent aux densités d’énergie :

T00 = ρ c2 > 0 00 = ρ̄ c̄2 < 0 00 = ρ̄ c̄2 < 0 T̂̄00 = ρ c2 > 0
12 Reportées dans le système (11), avec son signe moins, elles donnent directement les lois ci-contre.

Comme les deux espèces se repoussent, elles s’excluent mutuellement : là où l’une est présente, l’autre est absente. Au voisinage du Soleil, il n’y a donc pas de masse négative, et la première équation du système se confond avec celle d’Einstein de 1915.

C’est la clé de la compatibilité du modèle : avance du périhélie de Mercure, déviation des rayons lumineux, décalage gravitationnel — tous les tests classiques restent vérifiés à l’identique.

LOI 1 · 2

Mêmes signes : attraction

La matière attire la matière, et la matière jumelle attire la matière jumelle, selon la loi de Newton.

LOI 3

Signes opposés : répulsion

Les deux espèces se repoussent selon une loi « anti-Newton », symétrique : les deux accélérations sont opposées, la quantité de mouvement est conservée.

CONSÉQUENCE

Plus d’emballement

Le couple de Bondi ne s’auto-accélère plus : il se sépare, simplement. L’objection historique tombe.

07 — Solution dépendante du temps

La solution cosmologique exacte

En supposant l’univers homogène et isotrope, les deux métriques prennent la forme de Friedmann–Lemaître–Robertson–Walker, avec deux facteurs d’échelle a et ā et une coordonnée chronologique commune x0 :

ds2 = dx02 a2 du21 − k u2 + u22 d s̄2 = dx02 ā2 du21 − k̄ u2 + u22
13

Le traitement du système impose alors une relation de compatibilité entre les deux secteurs, qui n’est autre qu’une conservation de l’énergie étendue aux deux populations :

χ ρ c2 a3 + χ̄ ρ̄ c̄2 ā3 = E = cst
14 Voilà la pièce maîtresse. L’univers des masses positives est en expansion accélérée si, et seulement si, l’énergie totale E est négative — c’est-à-dire si le contenu énergétique de l’ensemble est dominé par le secteur négatif.

L’accélération n’est plus ajoutée

Dans ΛCDM, l’accélération de l’expansion exige une constante cosmologique introduite à la main. Ici elle découle du signe de E.

Le modèle est dissymétrique

Il ne s’agit pas de deux univers en miroir : le secteur négatif domine largement, environ 95 % du contenu.

Une solution exacte

Pour deux univers de poussière, avec k == −1, le système admet une solution exacte sous forme paramétrique — pas une approximation numérique.

Formation des structures

Au moment du découplage, l’instabilité gravitationnelle se met en marche dans les deux secteurs à la fois. Le temps de Jeans, qui mesure la rapidité de l’effondrement, est plus court là où la densité est plus forte :

J = 14πG|ρ̄| tJ = 14πGρ
15 Les masses négatives s’effondrent les premières et forment des conglomérats sphéroïdaux d’antihydrogène et d’antihélium de masse négative. Leur contraction cesse dès que leur température provoque la réionisation ; leur temps de refroidissement dépassant l’âge de l’univers, ils n’évoluent plus.

Ces conglomérats confinent la masse positive dans l’espace résiduel, qui prend une structure lacunaire, comparable à des bulles de savon jointives. La matière ordinaire s’y retrouve en plaques minces, fortement comprimées et chauffées, mais capables de se refroidir très vite par rayonnement du fait de leur géométrie — d’où une formation d’étoiles et de galaxies très précoce.

Voir la simulation des lois d’interaction →

08 — Confrontation

Ce que disent les supernovæ

Un modèle cosmologique se juge sur des données. Voici les siennes, confrontées à 1 588 supernovæ de type Ia réelles — et, à côté, le modèle standard.

De la solution exacte en ère de poussière, D’Agostini et Petit tirent une relation entre la magnitude apparente d’une source et son décalage vers le rouge :

m = 5 log10 z + z21 − q0 1 + q0z + 1 + 2q0z + C
16 Valable pour q0 < 0 et 1 + 2q0z > 0. La constante C absorbe la constante de Hubble et la magnitude absolue des supernovæ : la comparaison porte donc sur la forme de la courbe. L’ajustement publié en 2018 donne q0 = −0,087 ± 0,015, soit un âge de l’univers d’environ 15 milliards d’années pour H0 = 70.
Diagramme de Hubble — données réelles Survolez la courbe · déplacez les paramètres
Ajustement
χ²/N · Janus
χ²/N · ΛCDM
q₀−0,087
expansionaccélérée
points29 groupes

Plus le χ²/N est proche de 1, meilleur est l’accord.

Préparation du graphique…

affichage
Comment lire cette figure. Les points blancs sont des mesures réelles : les 1 588 supernovæ de la compilation Pantheon+/SH0ES, regroupées en 29 intervalles réguliers en log z, avec leur barre d’erreur. Pour chaque modèle, la constante additive est ajustée par moindres carrés pondérés, de sorte que seule la forme de la courbe est comparée. Le mode résidus soustrait la courbe ΛCDM à tout : les écarts, invisibles à l’échelle des magnitudes, deviennent lisibles.
Ce que montre ce graphique, honnêtement

Sur ces données, le modèle standard s’ajuste nettement mieux : avec Ωm ≈ 0,315 il atteint un χ²/N voisin de 1,1, alors que la solution exacte de Janus plafonne autour de 1,9 à 2,1 — et son meilleur ajustement, q0 ≈ −0,04, s’écarte de la valeur publiée.

Deux réserves, dans les deux sens. D’une part cette comparaison utilise des points groupés et les seules erreurs diagonales, sans la matrice de covariance complète : les valeurs absolues de χ² ne doivent pas être surinterprétées. D’autre part l’ajustement publié en 2018 portait sur une compilation antérieure, plus petite. Il reste que, sur les données les plus récentes, l’écart est réel et se voit à l’œil en mode résidus.

09 — Solutions stationnaires

Le champ autour d’une masse, des deux côtés

Il reste à vérifier que le système est cohérent hors du cas cosmologique. On se restreint aux solutions à symétrie so(3), et l’on demande que les identités de Bianchi — la contrainte de divergence nulle qui garantit la conservation de l’énergie-impulsion — soient satisfaites.

En régime stationnaire, les racines des rapports de déterminants se comportent comme des constantes, ce que les auteurs interprètent comme un « effet de masse apparente ». Le système se réécrit alors, en notation mixte :

Rμν 12 R gμν = χ Tμν + b2μν μν 12 R̄ ḡμν = χ̄ μν +2 T̂̄μν
17

En introduisant ces formes dans l’approximation newtonienne, on retrouve dans les deux secteurs l’équation de Tolman–Oppenheimer–Volkoff, qui décrit l’équilibre entre la pression interne et la gravité — et, à la limite, la relation d’Euler classique. Les métriques intérieures de Schwarzschild se raccordent aux métriques extérieures, avec les signes attendus :

Source du champSur une masse positiveSur une masse négative
Distribution de masses positives attraction répulsion
Distribution de masses négatives répulsion attraction

Les quatre cas sont obtenus par le même schéma de calcul, appliqué aux deux équations du système. Ils reproduisent exactement les trois lois d’interaction.

Le point faible, reconnu par les auteurs

Les identités de Bianchi ne sont satisfaites que de façon asymptotique, à la limite où le paramètre de l’approximation newtonienne tend vers zéro. Au-delà de cette approximation — autour des étoiles à neutrons et des objets hypermassifs — la forme exacte du tenseur d’interaction n’est pas donnée.

L’argument avancé est que cette forme est imposée par la condition de divergence nulle, et qu’on n’est donc pas tenu de l’expliciter : « il est concevable qu’un jour quelqu’un en fournisse la forme exacte ». Les critiques du modèle considèrent au contraire que c’est là que se situe le problème de fond.

Les objets compacts

Le modèle affirme que les objets sortant de l’approximation newtonienne — étoiles à neutrons, objets hypermassifs au centre des galaxies — n’existent que du côté des masses positives. Du côté négatif, le temps de refroidissement des conglomérats dépassant l’âge de l’univers, la nucléosynthèse n’a pas lieu : pas d’éléments plus lourds que l’hélium, donc pas d’étoiles, donc pas d’objets compacts.

Quant aux trous noirs eux-mêmes, un travail antérieur de 2014 propose d’éliminer la singularité centrale de la solution de Schwarzschild par un changement de variable, ce qui transforme l’objet en un pont vers « l’envers de l’hypersurface espace-temps ». C’est la partie la plus contestée du programme.

Voir la sphère de gorge en 3D →

10 — Falsifiabilité

Ce que le modèle engage

  1. PRÉDIT EN 1995 · CONFIRMÉ DEPUIS 2017
    Une structure lacunaire à grande échelle

    Les simulations de la première version heuristique du modèle annonçaient une distribution de la matière « en bulles jointives », avec de très grands vides. Le Dipole Repeller, cartographié en 2017, puis d’autres vides comparables, ont depuis été localisés.

  2. PRÉDIT · CONFIRMÉ EN 2022
    Une formation stellaire et galactique très précoce

    Le confinement en plaques minces permet un refroidissement rapide par rayonnement. Le modèle situait la formation des premiers objets dans les toutes premières centaines de millions d’années. Le télescope James-Webb a observé des galaxies spirales barrées complètes à 500 millions d’années.

  3. À TESTER
    Un anneau d’atténuation derrière les grands vides

    Les photons d’énergie positive traversent librement les conglomérats de masse négative, mais leurs géodésiques y divergent. Les sources situées en arrière-plan doivent donc apparaître moins lumineuses, selon un motif annulaire. La mesure de ce motif donnerait directement le rayon du conglomérat. C’est le test le plus direct du modèle — et celui qui peut le réfuter.

  4. CONSÉQUENCE FORTE
    Aucune antimatière primordiale observable

    Elle existe, mais de l’autre côté : dotée d’une masse négative, elle émet des photons d’énergie négative que nos instruments ne peuvent pas capter. Le modèle prédit donc qu’on n’en détectera jamais dans notre feuillet.

11 — L’état du débat

Les objections, en détail

Le modèle Janus est publié et discuté, mais il reste très largement minoritaire, et il fait l’objet de critiques précises. Les voici, sans atténuation.

L’incohérence signalée par Thibault Damour (2019, puis 2022)

Thibault Damour, physicien théoricien à l’IHES et spécialiste reconnu de la relativité générale, a publié en janvier 2019 une analyse détaillée de la version 2014 du modèle, concluant à son incohérence physique et mathématique.

Jean-Pierre Petit a répondu par une « légère modification des seconds membres des équations Janus », publiée en 2019 dans Progress in Physics. Damour a examiné cette version et maintenu sa conclusion, dans un second document daté du 12 décembre 2022 : selon lui, les sections concernées, « loin de fournir une déduction bien définie d’une théorie modifiée cohérente, sont mathématiquement incohérentes ».

Le désaccord n’a pas été tranché. Il porte sur la structure même du système d’équations couplées, et non sur un détail de calcul.

Les identités de Bianchi ne sont satisfaites qu’asymptotiquement

C’est reconnu explicitement dans l’article de 2024. Les identités de Bianchi — qui garantissent la cohérence entre la géométrie et ses sources — ne sont établies que dans la limite de l’approximation newtonienne, quand le paramètre de développement tend vers zéro.

En relativité générale ordinaire, ces identités sont satisfaites identiquement, à tout ordre. La différence est de nature, pas de degré : c’est ce qui nourrit l’essentiel des objections.

La forme du tenseur d’interaction n’est pas déterminée

Hors de l’approximation newtonienne, la forme exacte du tenseur μν n’est pas donnée. Les auteurs soutiennent qu’elle est contrainte par la condition de divergence nulle et qu’il n’est donc pas nécessaire de l’expliciter : « même en l’absence d’un tel objet, il n’y a pas d’incohérence a priori ».

Pour leurs critiques, une théorie dont on ne sait pas écrire le second membre dans le régime fort n’est pas, à ce stade, une théorie complète.

L’ajustement aux supernovæ récentes est moins bon que celui de ΛCDM

C’est mesurable, et c’est montré plus haut : sur la compilation Pantheon+, la solution exacte du modèle atteint un χ²/N nettement supérieur à celui du modèle standard, et sa valeur de q0 la plus favorable s’écarte de celle publiée en 2018.

La comparaison mérite des réserves méthodologiques — points groupés, erreurs diagonales seulement — mais l’écart ne s’explique pas par elles seules.

Une réception scientifique très limitée

Le modèle a été publié dans des revues à comité de lecture, dont The European Physical Journal C en 2024. Mais il n’est ni repris, ni développé, ni cité de façon significative par la communauté cosmologique : il n’existe pas de programme de recherche actif autour de lui en dehors du groupe de ses auteurs.

Une publication n’est pas une validation. Elle signifie que le travail a passé un filtre, pas qu’il est admis.

Des prolongements spéculatifs qui brouillent la lecture

Certains textes de Jean-Pierre Petit associent au modèle des développements très spéculatifs — voyage interstellaire par inversion de masse, lecture du dossier des objets volants non identifiés. Ces prolongements ne font pas partie du contenu scientifique publié en 2024, et ce site ne les traite pas.

Ils ont en revanche un effet réel sur la réception du modèle, et il serait malhonnête de ne pas le mentionner.

En résumé

Le modèle Janus est une proposition théorique minoritaire, contestée sur sa cohérence mathématique, mais géométriquement motivée, publiée, et surtout falsifiable. Sa valeur ne se jugera ni sur le nombre de ses partisans ni sur celui de ses détracteurs, mais sur l’anneau d’atténuation qu’on trouvera — ou non — derrière le Dipole Repeller.

12 — Sources

Bibliographie

Toutes les affirmations de cette page proviennent des publications ci-dessous. Les pages qui les critiquent y figurent aussi.

  1. J.-P. Petit, F. Margnat, H. Zejli — A bimetric cosmological model based on Andreï Sakharov’s twin universe approach, The European Physical Journal C 84, 1226 (2024). doi:10.1140/epjc/s10052-024-13569-w — la source principale de cette page.
  2. G. D’Agostini, J.-P. Petit — Constraints on Janus cosmological model from recent observations of supernovae type Ia, Astrophysics and Space Science 363, 139 (2018). doi:10.1007/s10509-018-3365-3 — d’où vient la relation magnitude-redshift (16).
  3. J.-P. Petit — Twin universes cosmology, Astrophysics and Space Science 226, 273–307 (1995). doi:10.1007/BF00627375 — les simulations qui prédisent la structure lacunaire.
  4. J.-P. Petit — The missing-mass problem, Il Nuovo Cimento B 109, 697 (1994). doi:10.1007/BF02722527 — la proposition topologique S4 → P4.
  5. J.-M. Souriau — Structure des systèmes dynamiques, Dunod (1970) ; édition anglaise Structure of Dynamical Systems, Birkhäuser (1997). — le résultat sur l’inversion du temps et de l’énergie.
  6. A. D. Sakharov — Violation of CP invariance, C asymmetry, and baryon asymmetry of the universe, JETP Letters 5, 24 (1967) ; et Cosmological models of the universe with reversal of time’s arrow, JETP 79, 689 (1980).
  7. H. Bondi — Negative mass in general relativity, Reviews of Modern Physics 29, 423 (1957). doi:10.1103/RevModPhys.29.423 — l’effet d’emballement.
  8. T. Damour — Sur le « modèle Janus » de J. P. Petit (4 janvier 2019) et Incohérence physique et mathématique du « modèle Janus-2019 » (12 décembre 2022), IHES. ihes.fr/~damour — la critique de référence.
  9. Y. Hoffman, D. Pomarède, R. B. Tully, H. Courtois — The dipole repeller, Nature Astronomy 1, 0036 (2017). doi:10.1038/s41550-016-0036
  10. D. Brout et al. — The Pantheon+ analysis: cosmological constraints, The Astrophysical Journal 938, 110 (2022). doi:10.3847/1538-4357/ac8e04 — les données de supernovæ utilisées sur cette page.
  11. W. Boy — Über die Curvatura integra und die Topologie geschlossener Flächen, Mathematische Annalen 57, 151–184 (1903). doi:10.1007/BF01444342 — la surface.